De plus en plus islamophobes

Le nombre d’actes “islamophobes” signalés au premier semestre 2015 a augmenté de 23,5% par rapport à la même période de l’an dernier, avec une flambée des agressions physiques (+500%) et des violences verbales (+100%), selon les données du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) publiées le 1er juillet. Le rapport du Collectif contre l’islamophobie en France fait état d’une hausse de 23,5% sur les six premiers mois de l’année 2015 par rapport à la même période l’an dernier. Concrètement, le collectif a recensé 489 actes anti-musulmans depuis janvier, contre 396 un an plus tôt. Peut-on parler d’une hausse significative quand on la replace dans le contexte général ? Il faut prendre en compte l’impact du baromètre de l’islamophobie. Cela dépend de l’instrument avec lequel on prend la température. On note certes une augmentation des actes islamophobes dans l’absolu. Mais certains actes qui sont considérés comme islamophobes aujourd’hui ne l’étaient pas il y a tout juste dix ans. C’est notamment le cas des profanations ou le refus d’un service à une femme parce qu’elle est voilée, choses qui étaient considérés comme des incivilités auparavant. Cette nouvelle mesure permet de gonfler artificiellement les chiffres. Mais même en prenant en compte ces nouveaux éléments, il est difficile d’en arriver aux mêmes conclusions que le CCIF. Le rapport du CCIF présente des pourcentages chocs (+500% pour les agressions physiques ; 400% pour les actes de dégradations et de vandalisme). Qu’en est-il quand on étudie les données en valeur absolue ? Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Il y a clairement une réserve sur la méthode. Il faudrait savoir comment on a compté. Si une année, on assiste à un acte raciste, et l’année suivante, à 1, on ne pourrait pas affirmer aussitôt qu’on a affaire à une hausse de 1000%. Il faut privilégier une approche prudente. Il ne faut jamais oublier que le rapport du CCIF reflète seulement la perception, la vision d’un organisme, d’une association. Sur 489 “actes islamophobes” recensées depuis les attentats de janvier 2015, 320 sont des “discriminations” commises sept fois sur dix par des institutions. Ces signalements, par nature plus flous, sont-ils un indicateurs fiables du phénomène d’islamophobie en France ? Quels éléments permettraient concrètement de considérer que nous sommes face à un phénomène en explosion ? Il y a là aussi une dimension politique dans le fait de considérer ce phénomène comme en explosion. Le refus d’accès à un service public pour une femme voilée, pour certains, sera qualifié d’islamophobe quand pour d’autres, il s’agissait d’une application stricte de la laïcité. C’est plutôt à la lumière des chiffres du ministère de l’Intérieur, lequel recense les délits et non plus seulement les simples signalements, qu’il faudrait mesurer l’islamophobie. Ne se fonder que sur les déclarations des vicitmes, comme le fait le CCIF permet juste de faire passer un message politique. Ces données, si elles ne sont pas non plus objectives, ont au moins le mérite d’être officielles. Les chiffres du CCIF, qui rejette les statistiques fondées sur les simples plaintes et mains courantes déposées au Ministère de l’intérieur, reposent sur les signalements des victimes. Quels sont justement les chiffres officiels ? Les chiffres officiels sont effectivement beaucoup moins importants, de l’ordre de un à cinq environ, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’une autre manière de compter. Pour une estimation grossière, il suffirait à peu près de prendre les chiffres du CCIF et de les diviser par cinq. Quels sont les avantages et limites de l’approche du CCIF ? En quoi l’approche statistique peut-elle par ailleurs être parcellaire ? Est-il possible de trouver un juste milieu ? Les avantages, en quelque sorte, consistent dans le fait de porter un message politique pour le CCIF qui est une association dont le but est de mettre la lumière sur un certain nombre de discriminations, réelles ou perçues, et de les porter sur la place publique. A ce titre, elle remplit complètement son rôle. La limite, et l’inconvénient, de son travail, c’est que les définitions ne sont pas partagées. Tout est affaire de perception. Certains actes sont perçus comme islamophobes par certains et pas par d’autres et à partir du moment où les définitions ne sont pas partagées, il y aura toujours des critiques pour remettre en cause la parole de l’association. L’approche statistique est limitée aussi. On ne peut pas uniquement se baser sur les plaintes pour prendre la mesure du phénomène. Par exemple, sur le racisme anti-blanc, pendant longtemps, on disait que le phénomène n’existait pas parce qu’il n’y avait pas eu de condamnations. Or, le phénomène existait bel et bien. Ce genre d’approche a le mérite d’être plutôt objective et de s’appuyer sur des données incontestables. Alors que dans l’autre as, il y a une forte subjectivité très liée au message que l’on veut faire passer. Il faut être en mesure d’utiliser à chaque fois la même méthode pour analyser deux phénomènes comparables. Par exemple, si vous voulez comparer les actes antisémites et antimusulmans, il vaut mieux que la même méthodologie soit retenue, par exemple le dépôt de plaintes. Mais si dans un cas, on retient les plaintes et dans l’autre, les perceptions des individus, il y a un biais scientifique et statistique qui ne permettra pas de faire une vraie comparaison.

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