Le charbon, encore et toujours

Engie a décidé en 2015 de ne plus construire de nouvelles centrales et l’entreprise entend vendre ses centrales existantes afin d’atteindre son objectif de devenir «le leader mondial de la transition énergétique». Pourtant, vendre une centrale aboutit généralement à allonger sa durée de vie et la seule solution d’un point de vue climatique est de fermer le parc existant de manière responsable, en commençant par les plus polluantes et les plus âgées. La majorité des banques françaises se sont engagées dans leurs politiques de 2015 à ne pas participer à la transaction d’actifs charbon et BNP Paribas reconnaissait elle-même le fait que la seule la fermeture des centrales à charbon était une solution au regard du climat. L’engagement auprès de l’entreprise est urgent: au Chili, Engie pourrait d’ici peu revendre trois centrales à charbon : Tocopilla (4 unités, 439,6 MW), Andina (1 unité, 168.8 MW) et Hornitos (1 unité, 170.1 MW). Après 6 mois de difficultés à vendre car le Chili a de larges surcapacités dans le domaine de l’énergie, Engie a récemment décidé d’ajouter à la proposition de vente des trois centrales un contrat permettant d’injecter 5040 GWh d’électricité dans le réseau pendant 15 ans, à un prix de $109,5/MWh (prix largement au-dessus du prix du marché actuel), à partir de 2018. Cette décision a accéléré le processus de vente. Selon des sources journalistiques chiliennes, la décision devrait être définitivement prise par Engie dans les deux mois à venir. Ces centrales sont situées sur deux communes, qui accueillent 50 % du parc charbonnier chilien. Les impacts socio-économiques et sanitaires sur les populations locales sont donc considérables: zones saturées en polluants atmosphériques, normes de qualité de l’air largement dépassées, cendres toxiques rejetées, écosystèmes marins affectés, ressources naturelles dont les communautés de pêcheurs et de conchyliculteurs dépendent détruites.La centrale de Tocopilla est particulièrement sale : entrée en opération en 1960, 3 de ces unités sont les plus émettrices de CO2 de tout le Chili. En tant que grands investisseurs de l’entreprise, Crédit Agricole (514 millions de dollars) et BNP Paribas (242 millions de dollars), qui font aussi partie de ses financeurs, doivent immédiatement inciter Engie à fermer et non vendre ses centrales de Tocopilla, Andina et Hornitos au Chili. Mais c’est surtout vers AXA que les yeux se tournent à nouveau: avec 40 000 dollars d’actions dans la filiale d’Engie au Chili, Engie Energia Chile SA, l’assureur français est très bien placé pour y faire changer la donne, pour le climat et les populations.

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