Responsabilité morale

Métaphysiquement, la question de la responsabilité morale vient se confondre avec cette question:—Quel est le fond de l’individualité? Quel est son lien de causalité et son lien de finalité avec l’universel, avec le principe absolu d’où tout dérive?—Le passage volontaire du moi au non-moi, de l’égoïsme au désintéressement, de l’individu à l’universel, postulat d’un ordre vraiment moral, a son analogue dans le passage du subjectif à l’objectif que présuppose l’ordre intellectuel. La connaissance suppose que, demeurant en nous-mêmes, nous sortons cependant de nous-mêmes par la pensée; l’impossibilité d’expliquer ce passage à l’objectif et à l’universel ne saurait en justifier la négation. L’action transitive d’une force sur une autre suppose encore un passage analogue, parfaitement inexplicable, et dont néanmoins le mouvement nous offre la visible réalisation. Le déterminisme, admettant que ce qui a lieu dans une chose est déterminé par ce qui a lieu dans une autre et même dans toutes les autres, suppose un passage quelconque de l’une aux autres; il n’échappe donc pas à la difficulté et fait le même postulat sous une autre forme. Enfin, le passage de la cause radicale et universelle,—qu’elle soit transcendante ou immanente,—à tous les effets qui composent le monde, semble réclamer le même pouvoir de se communiquer, de se donner sans se perdre. Sans prétendre résoudre entièrement des antinomies qui tiennent à la relativité de nos notions sur le fond même de l’activité individuelle, nous devons cependant chercher jusqu’à quel point le déterminisme et la liberté peuvent, sans contradiction, être conçus comme conciliables, d’abord dans la réalisation du bien, puis dans celle du mal. Dans l’ordre moral comme dans l’ordre métaphysique, peut-on admettre un lien qui enchaîne et unisse sans confondre? Peut-on éviter à la fois ce qui n’est que déterminé et ce qui n’est qu’indéterminé, pour subordonner ces deux choses à la notion plus compréhensive d’un pouvoir déterminant et, en ce sens, responsable, qui, dans son idéal, serait dégagé des relations et fins inférieures, mais poserait volontairement les relations et fins supérieures?

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