Un cours pour le vin

S’il y a bien une chose que j’aurais du mal à ne pas reconnaître, c’est que je suis loin d’être calé en ce qui concerne le vin. Si je distingue le rouge du blanc, c’est à peu près à ça que se limitent mes compétences en la matière. Jusqu’à lundi dernier, cependant. Car ce jour-là, je me suis décidé à suivre mon premier cours d’oenologie à Paris. Une expérience intéressante à plus d’un titre mais qui s’est révélée assez différente de ce que j’imaginais. A bien y réfléchir, c’est plutôt drôle. Je ne sais pas pourquoi, je pensais que la dégustation se déroulerait dans une cave pleine de bouteilles poussiéreuses. J’aurais cependant dû deviner que ce genre d’atelier n’aurait pas un si grand succès, dans ces conditions. Mais l”atelier ne ressemblait rien au décor des Contes de la crypte, en fait : il ressemblait plutôt à une salle de restaurant privatisée qui aurait une passion pour les bouteilles. Je redoutais également que les participants soient tous des experts du troisième âge, mais je n’aurais pas pu être plus loin du compte : il y avait des participants de tout âge, et le cours n’a pas été laborieux du tout. L’animateur nous a fait découvrir les meilleurs accords entre les vins et les fromages, et ensuite nous avons entamé la dégustation. Déguster dans un atelier de ce type, ça ne se passe pas comme dans la vraie vie. Il faut d’abord admirer le vin, le flairer avant de le déguster. On s’habitue donc d’abord à le humer (même si, au départ, on veut seulement le porter à sa bouche) et on en vient même à identifier des odeurs particulières, au final. Et en bouche aussi, on en arrive à détecter des saveurs particulières : une note de fenouil ou de clafoutis selon les vins. Durant cette dégustation, nous avons réalisé une dégustation à l’aveugle. Il ne s’agit pas de goûter son vin dans le noir, évidemment, mais de dissimuler l’étiquette du vin. Une expérience curieuse, car pour une fois l’on n’est pas influencé par le nom de domaine. Si vous avez aussi certaines carences dès qu’il s’agit de vin, je vous conseille l’expérience. Ce cours d’oenologie à Paris était vraiment fascinant.

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De plus en plus islamophobes

Le nombre d’actes “islamophobes” signalés au premier semestre 2015 a augmenté de 23,5% par rapport à la même période de l’an dernier, avec une flambée des agressions physiques (+500%) et des violences verbales (+100%), selon les données du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) publiées le 1er juillet. Le rapport du Collectif contre l’islamophobie en France fait état d’une hausse de 23,5% sur les six premiers mois de l’année 2015 par rapport à la même période l’an dernier. Concrètement, le collectif a recensé 489 actes anti-musulmans depuis janvier, contre 396 un an plus tôt. Peut-on parler d’une hausse significative quand on la replace dans le contexte général ? Il faut prendre en compte l’impact du baromètre de l’islamophobie. Cela dépend de l’instrument avec lequel on prend la température. On note certes une augmentation des actes islamophobes dans l’absolu. Mais certains actes qui sont considérés comme islamophobes aujourd’hui ne l’étaient pas il y a tout juste dix ans. C’est notamment le cas des profanations ou le refus d’un service à une femme parce qu’elle est voilée, choses qui étaient considérés comme des incivilités auparavant. Cette nouvelle mesure permet de gonfler artificiellement les chiffres. Mais même en prenant en compte ces nouveaux éléments, il est difficile d’en arriver aux mêmes conclusions que le CCIF. Le rapport du CCIF présente des pourcentages chocs (+500% pour les agressions physiques ; 400% pour les actes de dégradations et de vandalisme). Qu’en est-il quand on étudie les données en valeur absolue ? Ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. Il y a clairement une réserve sur la méthode. Il faudrait savoir comment on a compté. Si une année, on assiste à un acte raciste, et l’année suivante, à 1, on ne pourrait pas affirmer aussitôt qu’on a affaire à une hausse de 1000%. Il faut privilégier une approche prudente. Il ne faut jamais oublier que le rapport du CCIF reflète seulement la perception, la vision d’un organisme, d’une association. Sur 489 “actes islamophobes” recensées depuis les attentats de janvier 2015, 320 sont des “discriminations” commises sept fois sur dix par des institutions. Ces signalements, par nature plus flous, sont-ils un indicateurs fiables du phénomène d’islamophobie en France ? Quels éléments permettraient concrètement de considérer que nous sommes face à un phénomène en explosion ? Il y a là aussi une dimension politique dans le fait de considérer ce phénomène comme en explosion. Le refus d’accès à un service public pour une femme voilée, pour certains, sera qualifié d’islamophobe quand pour d’autres, il s’agissait d’une application stricte de la laïcité. C’est plutôt à la lumière des chiffres du ministère de l’Intérieur, lequel recense les délits et non plus seulement les simples signalements, qu’il faudrait mesurer l’islamophobie. Ne se fonder que sur les déclarations des vicitmes, comme le fait le CCIF permet juste de faire passer un message politique. Ces données, si elles ne sont pas non plus objectives, ont au moins le mérite d’être officielles. Les chiffres du CCIF, qui rejette les statistiques fondées sur les simples plaintes et mains courantes déposées au Ministère de l’intérieur, reposent sur les signalements des victimes. Quels sont justement les chiffres officiels ? Les chiffres officiels sont effectivement beaucoup moins importants, de l’ordre de un à cinq environ, ne serait-ce que parce qu’il s’agit d’une autre manière de compter. Pour une estimation grossière, il suffirait à peu près de prendre les chiffres du CCIF et de les diviser par cinq. Quels sont les avantages et limites de l’approche du CCIF ? En quoi l’approche statistique peut-elle par ailleurs être parcellaire ? Est-il possible de trouver un juste milieu ? Les avantages, en quelque sorte, consistent dans le fait de porter un message politique pour le CCIF qui est une association dont le but est de mettre la lumière sur un certain nombre de discriminations, réelles ou perçues, et de les porter sur la place publique. A ce titre, elle remplit complètement son rôle. La limite, et l’inconvénient, de son travail, c’est que les définitions ne sont pas partagées. Tout est affaire de perception. Certains actes sont perçus comme islamophobes par certains et pas par d’autres et à partir du moment où les définitions ne sont pas partagées, il y aura toujours des critiques pour remettre en cause la parole de l’association. L’approche statistique est limitée aussi. On ne peut pas uniquement se baser sur les plaintes pour prendre la mesure du phénomène. Par exemple, sur le racisme anti-blanc, pendant longtemps, on disait que le phénomène n’existait pas parce qu’il n’y avait pas eu de condamnations. Or, le phénomène existait bel et bien. Ce genre d’approche a le mérite d’être plutôt objective et de s’appuyer sur des données incontestables. Alors que dans l’autre as, il y a une forte subjectivité très liée au message que l’on veut faire passer. Il faut être en mesure d’utiliser à chaque fois la même méthode pour analyser deux phénomènes comparables. Par exemple, si vous voulez comparer les actes antisémites et antimusulmans, il vaut mieux que la même méthodologie soit retenue, par exemple le dépôt de plaintes. Mais si dans un cas, on retient les plaintes et dans l’autre, les perceptions des individus, il y a un biais scientifique et statistique qui ne permettra pas de faire une vraie comparaison.

Se réconcilier avec la Russie

Plus d’un an après son déclenchement, la crise ukrainienne semble dans l’impasse et ne produit que des perdants. L’Ukraine, en premier lieu. Amputée de la Crimée et d’une partie de ses provinces orientales, elle paie très cher les contrecoups de Maïdan. Son économie s’effondre, malgré l’aide occidentale, tandis que le climat politique se radicalise à Kiev, ce dont témoignent les récentes lois “mémorielles” ou le sort, parfois tragique, d’anciens responsables politiques ou d’experts n’étant pas dans la ligne du nouveau pouvoir. L’intégration à l’Union européenne et à l’OTAN sont des perspectives plus éloignées que jamais. Autre perdante -la Russie. Si son économie n’est pas “en lambeaux”, comme l’a imprudemment affirmé Barack Obama à l’automne dernier, et si elle n’est pas isolée sur la scène internationale, sa situation n’est guère brillante. Le Kremlin gère à vue, sans stratégie, et encourage une lame de fond conservatrice qui va clairement à l’encontre de la modernisation du pays. Déjà très dégradées, les perceptions de la Russie en Occident sont au plus bas depuis des décennies. La troisième victime de la crise ukrainienne est l’Union européenne. Après avoir suscité des attentes démesurées en lançant, en 2009, le Partenariat oriental -que Suédois, Polonais, Baltes et nombres de fonctionnaires bruxellois ont présenté à leurs interlocuteurs comme la première étape d’un nouvel élargissement à l’Est- elle bat piteusement en retraite, sans l’assumer, comme on a pu le constater lors du récent sommet de Riga. Le prix politique de cette inconséquence sera lourd. Déjà monte un sentiment de “lâchage” à Kiev, tandis que le Kremlin y voit le signe avant-coureur de sa victoire géopolitique. L’Union européenne perd également beaucoup économiquement. Sanctions occidentales et contre-mesures russes favorisent la mise en place de nouvelles coopérations, le plus souvent au profit des BRICS ou de pays comme la Turquie ou la Corée du Sud. Les causes de ce grand malentendu pan-européen sont nombreuses. Les historiens considèreront sans doute avec étonnement et sévérité les occasions manquées de réunifier le continent au début des années 1990, après le 11 septembre 2001 ou lors de la présidence Medvedev en 2009-2010. En Europe de l’Ouest, y compris en France, les élites se sont désintéressées de la Russie. Celle-ci était généralement perçue comme une puissance résiduelle, d’abord menaçante par sa faiblesse puis par des ambitions jugées déplacées, étrange car en apparence européenne mais refusant de plus en plus ouvertement les pratiques et les règles du jeu occidentales. La couverture, souvent sensationnaliste, par de nombreux médias occidentaux a durablement façonné l’opinion publique, la perte de mémoire historique et stratégique chez beaucoup de hauts fonctionnaires et de dirigeants politiques faisant le reste. La Russie -et Vladimir Poutine en particulier – porte également une lourde responsabilité dans ce que certains observateurs qualifient- un peu hâtivement, espérons-le – de schisme russo-occidental. Les critiques de Moscou sur les doubles standards, l’incohérence occidentale au Moyen-Orient ou la renaissance des courants d’extrême-droite en Europe orientale seraient plus audibles si le Kremlin était irréprochable. Certains diront, à juste titre, que ce n’est pas la première crise majeure entre la Russie et le reste de l’Europe. Aux périodes de confrontation ont toujours succédé des phases de rapprochement plus ou moins durable. Compter sur ce seul effet de balancier pourrait cependant être hasardeux. La crise ukrainienne intervient en effet à un moment géopolitique très particulier, celui du basculement du centre de gravité du monde vers l’Asie-Pacifique. Les observateurs attentifs de la scène moscovite relèvent par ailleurs des mouvements tectoniques, avant tout dans les esprits : pour beaucoup de Russes, l’Europe de l’Ouest cesse d’être le référent central, que ce soit en termes de développement économique, d’évolutions sociétales ou de comportement international. Face à cette réalité, deux attitudes s’esquissent. La première est de se contenter des fractures actuelles en considérant que la vraie frontière de l’Europe est entre l’Ukraine et la Russie. Cette vision, solidement ancrée dans la pensée politique européenne depuis des siècles et dominante outre-Atlantique, vise à confiner la Russie le plus loin possible au Nord-Est du continent. L’autre approche est de considérer que la Russie, malgré les crises et les aléas de l’Histoire, est aussi d’Europe. De l’issue de ce combat d’idées titanesque, à double sens (néo-conservateurs occidentaux et eurasistes russes se renforçant mutuellement) dépendra dans une large mesure la configuration géopolitique du continent pour les décennies à venir. Dans ce contexte, l’Allemagne et la France ont une responsabilité particulière. La première en raison de son poids économique et de sa relation particulière avec Moscou née de la deuxième Guerre Mondiale et de la réunification. La seconde parce qu’elle est le seul membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU perçu comme crédible à la fois par les Ukrainiens et par les Russes et qu’elle connait -de par son histoire- les dangers des convulsions post-impériales. Paris et Berlin doivent agir dans cinq directions. Tout d’abord, en œuvrant auprès des autres États-membres de l’UE afin de préserver l’unité sur le dossier ukrainien. Ensuite, en poursuivant un dialogue ferme et réaliste avec la Russie. Troisièmement, en faisant pression sur l’Ukraine, qui traîne les pieds pour appliquer le volet politique (en particulier les points relatifs à la décentralisation) des accords de Minsk-2. Quatrièmement, en maintenant hors-jeu ceux -nombreux au sein de l’OTAN et au Congrès américain- qui prônent des livraisons d’armes à l’Ukraine. Enfin – et c’est peut-être le plus important sur le long terme – en encourageant Varsovie et Moscou à surmonter plaies historiques et différends récents, la stabilité du continent étant impensable sans réconciliation russo-polonaise (esquissée en 2009-2010). Les obstacles ne manqueront pas, mais plusieurs facteurs laissent entrevoir une lueur d’optimisme. Le principal étant sans doute que ni la Russie, ni l’Union européenne n’ont intérêt à laisser l’Ukraine se transformer en “trou noir” à leurs frontières.