La Floride depuis les airs

Si je vous annonce que j’ai fait un voyage en Floride il y a quelques semaines, vous penserez immédiatement : Disneyland, Miami, Bahamas… Autant d’endroits qui sont connus et archiconnus. Alors je vais plutôt vous amener dans l’autre sens et vous faire découvrir le site que j’y ai découvert lors de mon dernier séjour : la Réserve nationale de Big Cypress. Un paradis subtropical de 6 216 km2 que j’ai exploré une première fois lors d’un vol en hélicoptère, avant de l’arpenter à pied. Eh oui, à pied. L’endroit n’est en effet pas comme les Everglades. Et si on le décrit souvent comme un marécage, c’est loin d’être exact car la réserve est composée d’éléments variés, avec d’innombrables îles de sable où poussent des pins et des arbres à bois dur mais aussi des prairies et des zones de palétuviers, de palmiers et bien sûr de cyprès. Le paysage est tellement plat qu’on ne peut avoir une vue d’ensemble que depuis les airs (d’où l’intérêt de le découvrir une première fois depuis un hélicoptère). Mais la meilleure manière d’apprécier Big Cypress reste de s’immerger dans sa verdure luxuriante et d’observer ses plantes et sa vie animale. Près d’un tiers de Big Cypress est couvert de cyprès, surtout de cyprès nains d’étang, mais on peut encore voir quelques cyprès chauves géants qui dominaient autrefois le paysage. Certains ont 700 ans, avec des troncs tellement gros qu’il faudrait quatre personnes pour arriver à les encercler avec leurs bras tendus. La saison des pluies s’étend de mai à l’automne (d’où l’intérêt d’y aller au début de la saison des pluies, avant que le marécage ne retrouve ses droits) ; l’eau pénètre alors Big Cypress jusqu’à un mètre de profondeur avant de s’écouler lentement vers le golfe du Mexique. Le pays est si plat que l’eau avance régulièrement de 1,6 kilomètre par jour. Même après la fin des pluies, en octobre, il faut attendre trois mois avant de voir le niveau des eaux décroître vraiment. Ici l’eau joue un rôle central dans la vie de toutes les espèces et permet une faune et une flore très riches. Parmi les oiseaux, on voit des hérons, des aigrettes, des cigognes, des pics à cocarde rouge et des aigles d’Amérique. Des alligators nagent dans l’eau et, pendant la saison sèche, maintiennent en eau les mares qui attirent beaucoup d’autres animaux comme les cerfs et même les ours. Un des animaux les plus rares et aujourd’hui en voie de disparition est la panthère noire de Floride dont il ne reste que 50 exemplaires dans la nature. Pour avoir une chance d’en voir il faut se mettre sous couvert des arbres dans les îlots plantés de bois dur. Ces petites forêts fournissent à la panthère un sol sec, un abri et des proies. Malheureusement, malgré la bonne volonté du guide qui m’accompagnait, nous n’avons pas eu de chance ce jour-là. La Réserve de Big Cypress est par ailleurs un paradis plein de ressources où l’on peut camper, faire du canoë, du kayak et des balades sur les sentiers excellents en hiver pendant la saison sèche (ou au tout début de la saison des pluies). Si vous recherchez une destination un peu originale pour vos vacances, voilà un excellent choix que je vous recommande ! Et si vous n’avez jamais essayé le vol en hélicoptère (suivez le lien pour le prestataire), c’est une expérience que je vous recommande aussi : redécouvrir la terre depuis les airs est vraiment une expérience à vivre.

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Que de conflits d’intérêts

Les conflits d’intérêts sont inhérents à la vie des affaires. Ils deviennent problématiques lorsqu’une banque prend une décision qui va à l’encontre de l’intérêt de ses clients. Les conflits d’intérêts font partie de la vie des affaires. Les banques ne sont pas les seules à les rencontrer, mais par la nature même de leur activité, y sont particulièrement exposées. Dans les institutions géantes d’aujourd’hui, le fait d’avoir de nombreux clients dans des activités multiples rend inévitables les conflits entre les intérêts de la banque et ceux de ses clients, ou encore les arbitrages entre les intérêts de plusieurs clients ou groupes de clients. Le conflit peut rester potentiel et n’avoir aucune conséquence pour le client. La relation entre la banque et son client, particulier ou institutionnel, est basée sur la confiance. La banque a un mandat, explicite ou implicite, de veiller à l’intérêt de son client. Une pleine transparence, si elle intervient à temps, peut permettre de résoudre ou d’atténuer le conflit. Il devient réel lorsque la banque (ou un employé à son insu) prend une décision qui va à l’encontre de l’intérêt de son ou de ses clients. Aux États-Unis, le Glass Steagall Act de 1933 séparait les activités de banque commerciale et de banque d’investissement. Cela n’éliminait pas les conflits d’intérêts, mais en limitait le nombre et la nature. Le principal était le délit d’initié, devenu envahissant avec les opérations d’achat d’entreprises par endettement (LBO) des années 1980. À la même époque, les caisses d’épargne, peu réglementées, se livraient à des activités de prêts truffées de conflits d’intérêts qui les menèrent tout droit à la faillite et au renflouement par le contribuable, comme en Espagne vingt-cinq ans plus tard. Le lobby bancaire obtint l’abolition du Glass Steagall Act en 1999, accompagnée de nombreuses fusions de grandes banques commerciales, banques d’investissement et compagnies d’assurances. Les conglomérats financiers en sont issus, et avec eux, le retour de conflits d’intérêts multiformes, dont la faillite de Worldcom est l’un des exemples les plus emblématiques?: l’analyste financier de la banque produisait pour les investisseurs, dont il était le conseil, des rapports sur Worldcom. Par ailleurs, la banque était l’un des prêteurs du groupe, accordait des prêts personnels à ses dirigeants, avait des positions de trading dans le titre Worldcom, finançait l’achat du titre par ses clients investisseurs, et avait dans son activité de gestion d’actifs une participation significative dans le groupe. La crise des subprimes a révélé des conflits d’intérêts largement médiatisés, à l’origine de nombreux désastres, pour les acheteurs insolvables d’immobilier comme pour les investisseurs. À chaque étape de la fabrication du produit subprime se manifestait une indifférence absolue pour leurs intérêts. L’éthique des affaires avait disparu pour laisser la priorité au gain personnel. Le phénomène n’est pas confiné aux États-Unis. Chacune des dernières années a apporté son lot d’enquêtes et d’amendes pour les grandes banques, européennes autant qu’américaines. C’est entre autres le cas de responsables d’activités qui se sont concertés pour manipuler les marchés au profit de leurs institutions et de leurs bonus, et au détriment de leurs clients. Un comble d’arrogance s’est manifesté dans l’affaire de la manipulation des cours de change, où les opérateurs ont continué leur collusion délictueuse tout en sachant qu’une enquête était en cours. N’est-il pas grand temps de réfléchir à la refondation d’une industrie bancaire plus saine, susceptible de retrouver la pleine confiance de ses clients et l’estime du public?? Il y va de la santé du monde financier et de l’économie tout entière. Seul un effort international étroitement concerté entre les dirigeants des banques – à qui il incombe de mener une mutation culturelle profonde –, les régulateurs et les gouvernements, pourra mener à bien cette difficile mais indispensable révolution.

Quand tout le monde s’endette

Voici une quinzaine de jours, Claudio Borio avait demandé aux investisseurs de se réveiller et de prendre en compte la menace que constituent les écarts entre valeur des monnaies. L’économiste en chef de la Banque des règlements internationaux (BRI) a rappelé que ces dernières années, les entreprises des pays comme la Russie, la Chine, le Brésil et l’Inde se sont rapidement endettées, particulièrement en dollars. Et même si personne ne s’en souciait jusqu’à récemment, si le dollar augmentait soudainement, ce monceau de dettes pouvait produire des chocs monétaires, puisque la plus grande partie est liée à des revenus en monnaies locales. “Malheureusement, il y a peu de données sur la taille et la localisation des disparités entre devises” a souligné M. Borio. “[Mais] nous savons que ces disparités peuvent être importantes.” Si le dollar continuait à monter, les monnaies et les déséquilibres de financements pourraient se traduire par une augmentation de la charge de la dette, a-t-il ajouté. Même M. Borio ne pouvait imaginer à quel point son alerte tombait à pic. Cette semaine, la valeur des obligations émises par Gazprom, le groupe énergétique russe et l’un des plus gros émetteurs d’obligations des marchés émergents, s’est effondrée, poussant les intérêts de 6?% début décembre à presque 10?%. Alors que l’économie russe se bat contre les conséquences d’un prix du pétrole en baisse et de la chute du rouble, de profondes inquiétudes sont nées sur la capacité des groupes comme Gazprom à rembourser leurs dettes extérieures. La dette extérieure des entreprises russes est estimée à environ 600?milliards de dollars au total, mais les sanctions occidentales privent les banques de leur capacité de crédit et empêchent les entités financières non bancaires de se tourner vers les marchés de capitaux à l’étranger. Vladimir Poutine, le président russe, lors de son allocution, a tenté de minimiser ces inquiétudes en prenant l’engagement de soutenir la monnaie et le système bancaire. Cela a permis au rouble de rebondir. Mais cela ne supprime pas le risque global?: la Russie est peut-être un exemple extrême du problème qui inquiète la Banque des règlements internationaux, mais elle n’est pas le seul, loin de là. Examinez les chiffres. Selon les données de la BRI, il y aurait pour 2,6 trilliards de titres en circulation, correspondant aux emprunts de marchés émergents, dont les trois quarts sont émis en dollars. Une partie importante est remboursée par des recettes en monnaies locales, selon la BRI, même si on ignore précisément combien. De plus, les banques internationales ont prêté quelque 3,1 trilliards de dollars aux marchés émergents, avec une augmentation particulièrement nette dans des pays comme la Chine. Cette pile de dettes est frappante?: elle signifie que le total de l’endettement des entreprises dans des régions comme l’Asie est plus élevé aujourd’hui, comparé au PIB, qu’il ne l’était juste avant la crise financière asiatique de 1998, remarque Frank Neumann de HSBC. Plus alarmant, ces chiffres peuvent sous-estimer le risque puisque beaucoup de ces entreprises des marchés émergents ont utilisé des véhicules offshore pour lever des fonds, et ces flux ne sont pas toujours suivis.